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Hunter X Hunter : Le rôle des personnages féminins

Hunter X Hunter : Le rôle des personnages féminins

Débutée en 1998 dans les pages de la revue Shonen Jump, Hunter x Hunter est une œuvre de Yoshihiro Togashi, un auteur alors reconnu à qui on doit l’immense succès qu’est Yuyu Hakusho ainsi qu’un titre plus expérimental nommé Level E. Hunter x Hunter débute comme tous nekketsu, suivant à la lettre les codes instaurés par ses aînés. Et pourtant, plus nous avançons dans le récit et plus l’auteur brise l’ossature de règles que l’on croyait établies.

 

 

/ !\ S’agissant d’une analyse, certains points abordés dans cet article sont susceptibles de vous gâcher la lecture du manga. Elle a pour objectif de vous apporter un nouveau point de vue sur celui-ci et non de vous révéler des éléments clés. Il est donc de fait préférable d’avoir lu le manga avant de lire cet article.

 

 

Les femmes dans le nekketsu

Avant d’aborder le cas de Hunter x Hunter, il est nécessaire de présenter rapidement ce qui se fait ailleurs. Dessiné essentiellement par des hommes (du moins en 1998, lorsque débute le manga), le nekketsu est généralement publié dans des revues shonen, c’est à dire destiné aux jeunes garçons. Pour plaire à ce public, le genre véhicule des messages tels que la valeur de l’amitié ou la capacité à se relever de ses échecs. Des poncifs se créent, qu’importe qu’ils soient réalistes ou non, tant qu’ils correspondent à ce que les lecteurs attendent. C’est ainsi que naît le stéréotype du personnage féminin, correspondant bien plus à un fantasme d’adolescent qu’à une représentation authentique de la femme.

Parmi les clichés, plusieurs se dégagent. Pour commencer, il y a celui du personnage féminin qui doit rester pur. La jeune fille a pour mission d’attendre le personnage principal, de rester vierge et de n’aimer que lui. Cette innocence cachant le mythe de la femme-objet, qui appartient à un seul et même homme, se retrouve dans bon nombre de titres. Si bien que le public peut mal réagir quand un auteur décide de bousculer cette habitude. Dans Naruto, Sakura est un personnage qui inspire l’antipathie à de nombreux lecteurs car elle rejette l’amour du protagoniste, quand bien même elle a des sentiments et des convictions qui restent les mêmes depuis le début du manga. Ébranler le lecteur est un risque, et si Naruto a acquis une certaine notoriété grâce ses nombreuses qualités, d’autres séries peuvent aller droit le mur et se faire annuler rapidement pour ce genre d’élément.

Mais les femmes ne sont pas aimées que pour leur innocence, la plastique et le style vestimentaire, elles jouant un rôle important dans l’appréciation des lecteurs. Une poitrine généreuse, une petite culotte qui se dévoile, les auteurs de manga n’hésitent pas à faire appel aux plus bas instincts de leur public pour le tenir en haleine. C’est ce qu’on nomme le fan service. De plus, le nombre de femmes qui jouent un rôle de faire-valoir sont innombrable, voire même potiche, et cela particulièrement dans les nekketsu sportifs à l’intérieur desquels elles font plus figure de décoration qu’autre chose. Pour finir l’image de la femme n’est pas très valorisante puisque sa personnalité et sa façon d’agir sont calquées sur des visions masculines.

 

 

Si ces poncifs se retrouvent de Dragon Ball à Seven Deadly Sins, il est important de signaler que de nombreux nekketsu s’en détournent où les ignorent. Parmi eux, un manga contourne habilement les éternels stéréotypes : Hunter x Hunter.

Avant même de parler des femmes dans Hunter x Hunter, il est important d’aborder le sujet des personnages masculins. Effectivement, ils sont nombreux dans le manga et ils ont tant de charisme et de poids sur le déroulement de l’histoire qu’ils feraient presque oublier les quelques femmes de la série. Il faut dire qu’une œuvre a marqué Yoshihiro Togashi : JoJo’s Bizarre Adventure ; et à l’instar de cette dernière, Hunter x Hunter présente un monde d’hommes. S’agit-il pour autant d’une représentation de la masculinité selon le mythe de la virilité exacerbée ? Pas vraiment.

En découvrant pour la première fois le titre de Yoshihiro Togashi, certaines personnes ont pris Kurapika pour un homme, d’autres ont pensé qu’il s’agissait d’une femme et les lecteurs les plus suspicieux se sont questionnés sur le sexe du personnage. Plusieurs quiproquos, débats et erreurs de traduction plus tard, il s’est avéré que Kurapika est bel et bien un homme et que c’est son androgynie qui a trompé les lecteurs. Le cas de ce personnage est passionnant en lui-même, mais il est d’autant plus intéressant de le mettre dans le contexte du manga car il ne s’agit pas d’un exemple isolé. En effet, tout au long de la lecture du manga, le lecteur se questionne sur le genre de nombreux personnages. Homme ou femme, la frontière est mince et lorsque l’on doute, il est fort probable d’avoir affaire à un garçon.

 

 

Passée la tante Mito (sur laquelle nous reviendrons plus en détails), le premier personnage féminin important que l’on croise dans le manga est Menchi. Il s’agit d’une examinatrice sévère que rencontrent Gon et ses compagnons lors de l’examen de hunter. Elle est spécialisée dans la nourriture et, outre son palais difficile à satisfaire, excelle dans la chasse et la cuisine. Plus tard, les protagonistes se trouvent face à la Brigade Fantôme. Treize membres composent la troupe de malfrats, dont trois femmes. Parmi elles, on trouve Machi et Shizuku. Le Nen de la première lui permet de créer des fils avec lesquels elle peut recoudre des blessures. La seconde, quant à elle, a la capacité de matérialiser un aspirateur afin d’absorber toute matière inerte sans limite de place. Une autre femme, beaucoup plus importante dans le développement de Gon et Kirua, que l’on retrouve dans la série n’est autre que Biscuit. Sous ses allures de jeune fille, l’instructrice des héros est en réalité âgée de 57 ans. Sa faculté lui permet de faire apparaître une esthéticienne qui l’aide à conserver ses traits juvéniles.

Faire le tour des pouvoirs des personnages féminins est assez édifiant tant il reflète une certaine vision du genre. Dans une œuvre relativement violente, à l’intérieur de laquelle se déroulent de nombreux combats mêlant la force à l’intellect, le peu de femmes représentées tire ses pouvoirs des soins de beauté ou des tâches ménagères. Alors, est-ce sexiste ? Selon ses opinions personnelles, il est facile d’enfermer le manga de Yoshihiro Togashi dans des cases à partir de ce constat. Néanmoins réfléchir davantage au sujet au lieu de juger apparait comme bien plus pertinent. C’est le moment de se poser une série de questions. Dans votre vie, qui passe l’aspirateur ? Qui prépare les repas, s’occupe du linge, du ménage ? Qui, bien que vieillissant, essaie de rester jeune ? Avant de répondre à ces questions, rappelons que la revue Shonen Jump dans laquelle est publié Hunter x Hunter se destine principalement à des collégiens, voire des lycéens. Alors, qui s’occupe d’eux de la sorte ? La réponse est simple : leur mère.

Pour approfondir cette idée de figure maternelle à travers les capacités des personnages, nous allons nous intéresser à Pakunoda, la troisième femme de la Brigade Fantôme. En effet, elle est dotée de la faculté de lire dans la mémoire et d’y déceler les mensonges. Cette capacité, ce sont justement les juvéniles Gon et Kirua qui la redoutent car pour eux mentir est essentiel dans le but d’échapper à la Brigade Fantôme et de protéger l’identité de Kurapika. Au-delà de son rôle déterminant dans l’intrigue, le pouvoir de la femme rappelle une maman : il est impossible de lui cacher la vérité par des mensonges, une peur que bien des enfants connaissent. Le symbole est d’autant plus criant du fait que ses cibles soient des pré-adolescents. Le cas de Pakunoda est donc intéressant puisqu’il est non seulement dénué de toute considération sexiste, mais en plus il conforte la thèse que les femmes de Hunter x Hunter ont une fonction proche de celle de la mère.

 

 

Déformée après avoir écouté la Sonate du Diable, Senritsu est un personnage féminin qui appuie le travail de Yoshihiro Togashi sur Pakunoda. Elle est rondelette, dégarnie et ses deux dents de devant ressortent. A mille lieux des canons de beauté. Pour autant elle n’est jamais tournée en ridicule ou même moquée, non, ce n’est pas ce qui compte. Elle peut déceler les mensonges en écoutant les battements de cœur grâce à son audition surdéveloppée. La femme entretient une relation amicale avec Kurapika, du fait qu’ils travaillent ensemble. Elle se prend d’affection pour lui et arrive sans mal à sonder son cœur toujours par le biais de sa capacité d’écoute. Comme une mère le ferait, Senritsu s’inquiète pour le jeune homme en quête de vengeance et parvient à le calmer, à apaiser son cœur. Pour ce faire, elle utilise un nen qui ne sert pas au combat, un pouvoir une nouvelle fois très maternel : elle projette son aura dans sa flûte, créant ainsi une mélodie remettant d’aplomb ceux qui l’écoutent. La mélomane est de ce fait un exemple de plus du rôle que peut avoir une mère de substitution tel que le conçoit Yoshihiro Togashi dans son manga.

 

 

L’amour, et le sexe plus encore, n’ont pas grand-chose à faire dans un nekketsu ne présentant pas de réels protagonistes féminins, les histoires d’amour naissant au fil du scénario ou autres promesses d’enfances étant impossibles. Et pourtant Yoshihiro Togashi introduit ces concepts dans son manga de manière à déconcerter aussi bien les lecteurs que les personnages. L’élément essentiel dans le cadre de l’article n’est pas le sexe évidement mais ce qu’il nous dit des femmes. Si son existence nous indique que les figures féminines ne sont pas forcément des mères de substitution, la manière dont il est dévoilé aux lecteurs nous met sur une autre piste. La représentation du sexe passe par sa non-représentation. Nous sommes dans le domaine de l’implicite, juste du récit déjà révolu.

Pour trouver ce qui se cache derrière le rapport amoureux entre un homme et femme, il faut aller voir du côté de Gon. Durant l’arc des Kimera Ants, Pâmu lui demande de sortir avec elle et le jeune garçon obtempère. Il s’agit d’une relation platonique comme nous pouvons en voir dans d’autres nekketsu, à un détail près : du haut de ses 22 ans, Pâmu est bien plus âgée que le pré-adolescent. Même si la jeune femme force la décision, Gon n’entame pas cette relation contre sa volonté. Plus étonnant encore, il avoue à Kirua qu’il avait l’habitude de sortir avec des femmes adultes lorsqu’il vivait encore sur son île natale. Pâmu étant instable et jalouse, il est délicat de voir en quoi elle pourrait se rapprocher d’une figure maternelle pour Gon. Néanmoins sa différence d’âge et la révélation que fait le héros sur ses conquêtes laissent à penser que ce dernier ne cherche pas l’amour mais bel et bien un substitut maternel.

 

 

C’est alors qu’on se pose une question : d’où vient ce besoin pour Gon de trouver une maman ? La réponse est évidente, il est orphelin. Et pourtant, il faut voir plus loin que ce simple fait. Alors même qu’il a la possibilité d’obtenir des informations sur sa mère, le protagoniste fait le choix de ne pas y prêter attention. En d’autres termes, il se contrefiche royalement de son sort. C’est un état d’esprit relativement étonnant car depuis le début du manga, il marche sciemment sur les traces de son père. En voulant le retrouver, il s’aventure sur une route périlleuse et semée d’embûches. C’est ainsi qu’on se demande pour quelles raisons Gon est prêt à faire des efforts incommensurables pour revoir son père quand bien même il n’éprouve pas l’envie d’obtenir le moindre renseignement sur sa génitrice. En réalité, si le petit héros ne s’intéresse pas à sa mère, c’est parce qu’il a trouvé un substitut maternel en la présence de sa tante Mito. Cette jeune femme, qui est la cousine de son père, élève Gon depuis qu’il est bébé. Elle l’éduque et lui confère l’amour d’une maman. Le garçon lui rend bien, il la porte si fort dans son cœur qu’il refuse d’admettre l’existence de sa mère biologique. Pour Gon, c’est donc son statut d’orphelin et son rapport compliqué à sa génitrice qui le pousse à trouver un substitut en la présence de sa tante Mito. Cependant, il n’est pas nécessaire d’être orphelin pour avoir des rapports compliqués avec ses parents. Cela, c’est Kirua qui nous le prouve en s’enfuyant et rejetant sa famille, et particulièrement sa mère qu’il a frappée au visage lors de sa fugue.

 

 

Un cas bien plus développé est important à analyser dans Hunter x Hunter : celui du roi. En naissant, le personnage blesse mortellement sa mère. Bien que certains de ses alliés puissent la sauver, Meruem refuse qu’ils le fassent. Il préfère donner l’ordre de lui amener de la nourriture et laisse ainsi mourir la reine. Pour lui, et par extension pour sa garde, sa mère occupe la seule fonction de génitrice. Dès lors qu’il a été mis au monde, le rôle de la reine s’est arrêté, qu’importe son sort à présent. Par conséquence on en déduit que le roi n’a pas besoin d’une présence parentale pour se développer et accomplir la tâche pour laquelle il est venu au monde. Et comme pour mieux symboliser ce détachement maternel, c’est Meruem lui-même qui tue sa mère en venant au monde.

Malgré tout, le personnage se défait progressivement de son objectif de régner, à cause d’une femme nommée Komugi. Bien qu’étant aveugle, elle excelle dans le gungi (un jeu se rapprochant des échecs) à tel point qu’elle met sa vie en jeu à chaque partie. Meruem a tout pour lui, il est le plus fort et le plus intelligent. Cependant, il n’arrive pas à battre Komugi au gungi malgré ses nombreuses tentatives. Cet échec constant éloigne le roi de son but et fait de l’humaine un être spécial à ses yeux : la seule personne à être capable de lui tenir tête. Ce lien unique, le personnage aura envie de s’en défaire. Pour cela, il menacera la femme, la blessera même, mais ne pourra jamais se décider à la tuer, quand bien même il est responsable du décès de sa propre mère.

Affirmer que Komugi est un substitut maternel pour le roi uniquement car elle est la seule personne qu’il ne parvient pas à vaincre serait faire un raccourci. Il faut donc compter sur Yoshihiro Togashi et son développement du lien. L’apogée de la relation se situe à la mort de Meruem. Celui-ci indique à la femme que le poison va l’emporter et cette dernière fait le choix de jouer au gungi avec lui jusqu’à ce que mort s’en suive, quand bien même cela signifie qu’elle sera contaminée à son tour par les toxines. De cette manière, ils passent leurs derniers instants ensemble et s’accompagnent dans la mort. Chose essentielle pour cette analyse, c’est le roi qui part en premier. Après une succession de cases noires, remplies uniquement par l’ultime dialogue entre les deux personnages, on découvre une double page dans laquelle Komugi est agenouillée, tenant le cadavre de Meruem dans ses bras. Cette figure est connue, il s’agit de celle de La Pietà : représentant la Vierge Marie pleurant la mort du Christ. En utilisant cette iconographie, le mangaka place la joueuse de gungi dans le rôle de la Vierge Marie et donc, par extension, de la mère portant son enfant. Ainsi, on a la confirmation que Komugi est une figure maternelle pour le roi. Lui qui a tué sa mère biologique, trouve le repos dans les bras d’une femme substituant à cette fonction.

 

 

En définitive, le rôle de la femme dans Hunter x Hunter est avant tout celui de la mère. Pour autant, pas au sens biologique du terme, car Yoshihiro Togashi rejette sa fonction de génitrice. La mère est celle qui s’occupe de ses enfants, qui les éduque, qui les pleure… Selon cette définition, une femme peut endosser ce rôle quand bien même elle n’a jamais eu d’enfants à proprement paarler. De la même manière, un enfant peut voir une figure maternelle sans pour autant que la personne ne l’ait engendré. Ce besoin de substitut est provoqué par un rapport compliqué à la mère ou une perte de repère, Gon se retrouvant orphelin en est le meilleur exemple. Si Hunter x Hunter se distingue des autres nekketsu, c’est en grande partie due à la vision de son auteur sur le rôle des femmes, au point où nous en venons à nous interroger sur le vécu du mangaka.

 

RainNoir

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